Fille du soleil j’irai vers le couchant
Sur une exposition de Pierre Lehec
De l’air, les toiles de Pierre Lehec ont le bleu parfois noir de l’eau. De la terre, chauffée par la griffe d’or de l’astre absent, elles suspendent le relief.
Bateau et brume ont des voiles à la toile froissée où viennent s’essuyer les nuances d’un souffle sans vent. Le trait, couleur de la forme, écarte sans distance. On sent la rupture, le désir de rupture dans la ligne, la crête, le creux des teintes. Il y demeure quelque chose de la métamorphose. Les tableaux de Pierre Lehec suspendent ce qui tente de faire retour par un travail qui déplace et relance la variation. Quelque chose recommencera.
Muets, dans l’attente du fracas, les tableaux racontent des paysages vus, oubliés, dont l’histoire n’est pas celle de leur souvenir. L’étreinte des éléments n’est pas un secret à défendre. Elle advient hors de leur présence : une embarcation vogue au creux du rouge de toutes les mers. Il y a des montagnes qui sont des barques. Le travail du peintre a l’unité et l’altération d’une origine oubliée. Les barques mystiques se gonflent du flanc des montagnes imaginaires. Il y a des barques qui sont aussi des montagnes.
Ce que Pierre Lehec figure de l’eau, de l’air, de la terre c’est la lumière de leur couleur.
Ariane n’en finit pas de demeurer. À quel destin peut-elle retourner ? Chez Pierre Lehec, il n’y a pas de rivage où se briser, pas de naufrage où se noyer. Le soleil a l’immobilité de sa course. Ce qui arrive pulse d’un intérêt graphique pour le mouvement. La lettre A agite ses jambes dansantes du transport d’un commencement. Lettre A sans retour n’a pas besoin d’arriver. Ariane n’en finit pas d’aller. Ici, la rupture se déchire de ne jamais advenir. C’est un souvenir sans mélancolie. Entre des montagnes et des ciels, rompant chaque barque en elle-même, les dimensions du temps sont celles du pigment. Il perce par touches, par aplats froissés du même moment, il s’étale sans perturber un récit de la profondeur.
Le temps a l’espace plat d’un rêve. De quelles cognées, de quelles errance a-t-il la forme ? Palpitent des rythmes défaits, calmes de ne jamais voir le soleil se lever. Dans les toiles de Pierre Lehec, la lumière a l’aura des nimbes. Elle diffuse la pleine présence de leur couleur.